jeudi 9 mai 2013

Mappemonde

Je marchais sur le trottoir, je voulais me faire toute petite parmi la foule qui se massait aux portes du théâtre St-Denis. Je marchais vers Ontario, la 125 passe pas très souvent alors tsé, je pouvais même prendre le temps d'écouter les conversations des gens qui passaient au hasard près de moi. Je l'avoue, je fais souvent ça, c'est un plaisir coupable, j'espionne passionnément les passants et les passantes, j'aime poursuivre leurs discussions dans ma tête, poursuivre leurs vies.

Les deux monsieurs aux fronts huileux aux aisselles moites qui planifiaient leur achat de poudre, les punks et leurs chiens, on aurait dû aller downtown se pogner des françaises, l'odeur de graisse des restaurants, l'odeur qui monte dans la gorge qui reste dans les cheveux même si on fait juste se rendre jusqu'au coin d'autobus.

Je pensais à lui.

Je fais une grimace chaque fois que je l'appelle mon fuck friend. C'est parce que c'est pas vraiment mon ami, même si ça m'a pris du temps à l'admettre. C'est juste pas mon ami. C'est le gars avec qui je fourre. Ariane dit que c'est ma baise du moment. Mais elle aussi elle grimace en disant ça. C'est plus trash, qu'elle dit, moins cute que fuck friend mais c'est plus honnête. Je hoche la tête. T'as-tu du fun au moins ? qu'elle me demande.

Oui.
J'ai du fun.
Je me sens sale, mais j'ai du fun.

Je sais pas pourquoi ça nous fait grimacer. Je grimace pas quand il me plaque contre le mur de ma chambre et qu'il frotte son pénis contre mon ventre. Je grimace pas quand il me texte qu'il a hâte de caresser mes seins et de m'embrasser.

It's all about sex. 
Et Ariane me croit pas, mais elle sourit.
Crazy mad sex, que je lui dis.
Elle sourit.

Et c'est l'été, tsé. C'est mon excuse préférée. Quand je parle de lui à des amis, à des amies, quand les gens font des drôles de faces de surprise et de " fais-toi don' pas mal, Amélie ", je dis que c'est l'été et que l'été c'est normal de vouloir frencher et d'avoir du sexe impromptu.

Pis j'essaie de me convaincre que c'est une bonne raison.

Mais quand je marchais sur St-Denis, j'étais juste en train de penser à lui, parce qu'on allait se voir ce soir, parce qu'il allait me prendre dans ses bras et que j'allais oublier mes fausses histoires de saisons et d'hormones et j'allais jouir.

Pis j'ai croisé son ex.

On se connait parce qu'on étudie dans le même programme à l'université.
Sa belle ex rousse qui marchait joyeusement main dans la main avec son copain.
Elle me dit salut, je lui dis salut, je souris, elle sourit, son copain sourit.
Je pense, oh, je vais sucer ton ex tantôt.
Son nouveau copain est beau.
Elle est rousse naturelle. Moi je dois me teindre, tsé.
Je suis une fausse rousse.
Je sais qu'il s'ennuie d'elle. Ça fait des années qu'ils sont plus ensemble mais des fois, des fois il est un peu mon ami et il me confie ce genre de choses. Il retournerait avec elle RIGHT AWAY. Je comprends. Je ferais la même chose pour un garçon, moi aussi.

Et je pense à la chanson des Soeurs Boulay.
Je pense qu'on va jamais aller à l'Espace Publique ensemble.
Qu'on se frenchera jamais dans le métro.
Que tu vas venir chez moi à des heures impossibles, pour baiser.
Que tu resteras jamais longtemps.
Qu'on se fera pas des crêpes pour déjeuner.
Que je te présenterai pas à mes parents.
Que je sais pas si tu as des frères ou des soeurs.

1 heure 52.
" Si je suis là dans 10 minutes, ça va ? "

Ok, mais c'est la dernière fois.

vendredi 3 mai 2013

Ce sont comme des coups de poignards.
Des souvenirs un peu épars. J'ai vécu les premiers mois tellement comme dans un brouillard, j'ai tout repoussé, tout refoulé, je me suis efforcée très fort de te détester, parce que c'est ce qu'il fallait faire, pour rester en vie.

Tu seras pour toujours mon grand amour. Celui qu'on ne vit qu'une seule fois. L'amour passion. L'amour trahison.

Celui qui ''était écrit dans le ciel''. Celui dont on était certain que le destin y avait joué un rôle.

Tu ne m'as jamais aimé comme je t'ai aimé.

Je le sais bien maintenant. Pour toi, j'étais un pattern.
Pour moi, tu étais l'Homme.

C'est un peu triste de dire ça maintenant. Maintenant que je sais. Je ne me suis jamais protégée. Pas une fois, je n'ai élevé les barrières autour de mon coeur. Je t'ai juste aimé, inconditionnellement. Prête à tout donner pour vieillir à tes côtés. Prête à y laisser ma santé.

Ton sourire. Ton sourire résonne dans ma tête, les journées où j'oublie les insultes, les cris. Il n'y a que ton sourire qui reste, et l'impression que j'avais d'être arrivée chez moi dans tes bras.

Ce criss de sourire. Je n'arrive pas à l'effacer. Comme les matins où je me réveillais, heureuse d'être dans notre lit, à nous. Les matins qui commençaient mieux parce que tu allais me reconduire au travail.

Comment se fait-il que j'arrive encore à oublier toute l'horreur parfois, à avoir l'impression de t'aimer encore, mais que je n'arrive pas à oublier ces moments doux, qui me tuent?

Je ne sais pas si je guérirai vraiment un jour. Je suis tombée en amour comme on attrape une maladie.